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26 septembre 2007

Surveillance omniprésente

Quelques brèves qui nous laissent entrevoir le futur peu rassurant de la surveillance:

07 août 2007

Des capteurs qui aident les machines à contrôler les humains

Le constructeur d'automobiles Nissan vient de rendre public l'état des recherches qu'il mène sur des voitures 'intelligentes', qui seraient capables d'identifier l'état d'ébriété des conducteurs, interdisant aux plus imbibés de prendre le volant. Contrairement aux alcootests couplés aux démarreurs qui sont déjà en vigueur dans certains états américains pour les personnes condamnées pour ivresse au volant, les capteurs développés par Nissan s'intègrent parfaitement dans l'architecture de l'automobile: des leviers de vitesse capables d'analyser la teneur en alcool de la transpiration présente sur la paume de la main du chauffeur, des filtres à air placés à hauteur de tête afin de détecter des vapeurs d'alcool en suspension dans l'habitacle, ou encore des caméras qui analysent la fréquence des battements de paupière et l'inclinaison de la tête du conducteur pour évaluer son degré d'éveil constituent les solutions expérimentées par Nissan pour lutter contre le fléau de l'alcool au volant.

Comme c'est très souvent le cas dans ce genre d'innovation, la question des contre-mesures déployées par les conducteurs ennivrés n'est pas abordée. Le simple fait de porter une paire de gants suffirait par exemple à contourner le système d'analyse de la transpiration implanté sur le pommeau du levier de vitesse, et on imagine mal une loi qui interdirait aux conducteurs le port des gants.

Ce qui me semble cependant très significatif dans cette annonce, c'est que des laboratoires de recherche sont en train de travailler sur de nouvelle génération de capteurs conçus pour se fondre de manière presque invisible dans les objets qui nous entourent, afin de mieux mesurer des états physiques ou psychologiques associés à des risques, et par extension contrôler nos comportements afin de réduire ces risques. Là où la décision était auparavant prise par des êtres humains et leurs capacités de jugement, des machines peuvent maintenant être programmées pour autoriser ou interdire l'accès à des lieux, des biens ou des services selon des normes juridiques ou des critères de risque préalablement définis. L'architecture technique de notre quotidien semble ainsi s'orienter vers l'intégration de mécanismes de contrôle et de contrainte omniprésents qui seront bien plus intrusifs que les technologies de surveillance passive qui nous sont familières.

07 juin 2007

Quelques changements sur ce blog

Comme vous l'avez peut-être remarqué ces derniers jours, la fréquence d'actualisation de ce blog a considérablement diminué. En effet, j'assume depuis le 1er juin et pour un an le poste de Directeur par intérim du Centre International de Criminologie Comparée. Ces nouvelles tâches viennent se rajouter à un emploi du temps assez chargé et j'ai donc décidé de limiter mes billets pour l'année à venir à des liens vers des articles que je trouve intéressant, sans trop développer de commentaires.

Le premier concerne le débat autour du nouveau service Streetview offert par Google, qui porte atteinte selon certains à la vie privée des passants photographiés à leur insu dans des lieux ou en train de commettre des actes compromettants:
L'article de la Presse - Technaute

26 mai 2007

Les entreprises peuvent-elles vraiment protéger nos informations personnelles?

Un récent sondage du Ponemon Institute, une entreprise de consultants spécialisée dans les questions de protection de la vie privée, laisse penser que non.

Le sondage, mené aux USA auprès de 700 gestionnaires de sécurité informatique (selon un méthodologie critiquable comme souvent dans ce type d'études) nous donne quelques résultats qui laissent songeur: bien que 85% des répondants aient déclaré avoir été victimes d'incidents ayant menacé l'intégrité des données personnelles de clients ou d'employés de l'entreprise par le passé, moins de la moitié avaient planifié et mis en oeuvre un plan d'action afin d'éviter que ce type d'incident ne se reproduise. L'explication la plus fréquemment avancée était que les entreprises ne croient pas que la compromission des données personnelles dont elles sont les détentrices se traduira par une perte de revenus ou de clientèle.

Il apparaîtrait que cette "pensée magique" relève d'un aveuglement délibéré, puisque les résultats du sondage montrent que:
  • 74% des victimes organisationnelles d'une perte ou d'un vol de données déclaraient avoir perdu des clients;
  • 59% s'exposaient à des poursuites devant des tribunaux;
  • 33% risquaient de recevoir des amendes de la part de diverses autorités règlementaires;
  • et 32% avaient vu la valeur de leurs actions baisser à la suite de la divulgation (obligatoire aux USA) de tels incidents.
Ce sondage s'attaque également au mythe des pirates informatiques qui collaboreraient avec le crime organisé pour s'emparer massivement de données personnelles. En effet, presque la moitié des incidents résultaient de la perte ou du vol d'équipements informatiques comme des ordinateurs portables, des téléphones cellulaires professionnels (type BlackBerry ou Treo), des clés USB, etc. La seconde source de vulnérabilité concerne les employés négligents, les employés temporaires et les sous-traitants.

La négligence et l'insouciance des organisations (entreprises et services publics) semble donc à l'heure actuelle une menace bien plus réelle qu'une conspiration mondiale de pirates informatiques alliés aux parrains du crime organisé traditionnel.

23 mai 2007

Les billets de train du Petit Poucet japonais

Le journal La Presse rapporte qu'une compagnie japonaise de chemins de fer de Tokyo vient de lancer un service de localisation des enfants par l'intermédiaire de leur carte de transport. Les parents qui le souhaitent peuvent se prévaloir de ce service gratuit pour être avertis par email des déplacements de leur progéniture dans les transports en commun: lors de chaque passage près d'une borne d'accès aux trains (à l'entrée ou à la sortie des gares par exemple), les cartes sans contact des petits abonnés alimentent une base de données qui peut ensuite être paramétrée pour envoyer des alertes personnalisées. Des messages électroniques peuvent ainsi être directement envoyés par téléphone mobile aux parents lorsque l'enfant vient d'entrer dans la gare de départ, est arrivé à sa gare de destination, ou encore est descendu dans une gare qui ne devrait pas se trouver sur son trajet quotidien.

Selon un sondage réalisé lors de la phase d'expérimentation auprès de 2000 cobayes, le taux de satisfaction des parents est très élevé, avec plus de 98% des répondants se disant davantage rassurés par un tel système. Pourtant, la société japonaise ne semble pas réellement exposée à une vague de criminalité incontrôlée, bien au contraire. Par ailleurs, la nature anxiogène de ce nouveau service, qui génère chez ceux qui l'utilisent de nouvelles attentes concernant le contrôle des allées et venues de leur progéniture et une insécurité accrue lors de tout dysfonctionnement reste complètement occultée.

03 mai 2007

Des caméras de surveillance qui respectent la vie privée

Deux chercheurs de l'Université Berkeley, en Californie, sont en train de développer un prototype de caméra de surveillance intelligente qui respecterait la vie privée des personnes filmées. Le principe est de superposer numériquement une tâche blanche sur les visages des individus qui circulent dans le champ de vision, afin qu'il soit impossible de les identifier. La technologie, qui en est à son stade initial, nécessite que les individus portent un gilet réflecteur jaune qui peut être facilement identifié par l'ordinateur, ce qui facilitera considérablement le travail de ce dernier. L'objectif final est que les machines rendent systématiquement flous les visages de tous les passants, et que la possibilité de lever ce voile d'anonymisation soit réservée à la police ou aux tribunaux dans certaines circonstances rigoureusement définie (acte de vandalisme par exemple).

D'autres centres de recherche US travaillent sur des technologies identiques, comme le Laboratoire multimédia d'analyse de l'information de l'Université du Kentucky, qui développe des solutions alternatives où les informations d'identification sont séparées du flux des images enregistrées.

Ces initiatives nous rappellent que la technologie offre de nombreuses possibilités, aussi bien dans le domaine de la surveillance que dans celui de la protection de la vie privée, et qu'il revient aux politiques de l'encadrer et de la façonner autant que de prendre acte de ses avancées, au risque de nous déposséder de nos prérogatives de gouvernance.

06 avril 2007

Montréal: capitale de la protection de la vie privée en 2007

Sans trompettes ni fanfare, Montréal deviendra en 2007 la capitale mondiale de la protection de la vie privée, avec la tenue de deux conférences internationales de référence sur le sujet. La première, intitulée "Computers, freedom and privacy", aura lieu du 1er au 4 mai au Hilton Bonaventure. Elle donnera lieu à des présentations plénières par des conférenciers prestigieux comme Bruce Schneier, et des interventions par des représentants d'agences canadiennes et américaines d'application de la loi qui viendront disserter sur les tensions entre sécurité nationale et respect de la vie privée dans l'environnement post-11 septembre. La seconde conférence, placée sous le haut patronage de la Commissaire à la Protection de la Vie Privée du Canada se tiendra du 25 au 28 septembre 2007 à l'hôtel Sheraton. Elle a pour titre "Terra Incognita: les horizons de la protection de la vie privée", et elle rassemblera les commissaires et agences de protection de la vie privée du monde entier.

On doit bien entendu se réjouir d'une telle prolifération des forums de discussion sur cette question d'actualité, mais on peut néanmoins se questionner sur l'émergence d'une véritable "industrie" de la protection de la vie privée, qui se réunit à intervalles réguliers dans des hôtels de luxe, et sur l'accès que peuvent avoir des militants aux moyens modestes à de tels forums. En effet, les frais d'inscription des deux événements s'élèvent respectivement à 725 US$ et 1295 C$ (les étudiants bénéficient de rabais conséquents), ce qui les place au-delà des moyens de nombreuses personnes et associations intéressées.

Pour ceux qui sont dans l'obligation de faire rimer vie privée avec frugalité, le Département d'informatique et de recherche opérationnelle de l'Université de Montréal organise le 5 mai, en collaboration avec les HEC Montréal, un atelier (en anglais) gratuit sur la vie privée en commerce électronique.

16 mars 2007

Le photocopieur pourrait bien avaler votre identité

Le Boston Globe reprend une dépêche de l’Associated Press selon laquelle les photocopieurs récents équipés de disques durs pourraient être la cible des voleurs d’identité s’ils ne sont pas adéquatement protégés par des logiciels de cryptage des données. En effet, les machines fabriquées au cours des cinq dernières années scannent les documents avant de les reproduire. Elles sont fréquemment utilisées dans des entreprises ou dans des lieux publics (bibliothèques, commerces de quartier…) pour réaliser des copies de papiers d’identité, de déclarations d’impôts, etc. Leur accès n’est en général pas contrôlé, et les informations personnelles contenues dans les disques durs pourraient donc aisément se retrouver entre de mauvaises mains. Selon un sondage réalisé par l’un des principaux fabricants de photocopieurs, 55% des américains prévoient de conserver une photocopie de leur déclaration d’impôts.

01 mars 2007

L'identité numérique

Vous trouverez ici l'enregistrement de l'émission de radio Citoyen Numérique dans laquelle j'ai fait une intervention la semaine dernière sur le thème de l'identité numérique et des questions de sécurité et de respect de la vie privée qui en découlent. J'ai pris la parole dans la seconde demi-heure de l'émission, après le morceau de punk québécois! Merci à Michel Dumais pour cette émission fort stimulante.

24 février 2007

Des machines à rayons X pour fouiller les personnes

L'Administration de sécurité du transport aérien US teste à l'aéroport de Phoenix un nouvel appareil à rayons X qui permet d'obtenir une image du corps humain et des objets dissimulés sous les habits des passagers contrôlés.

Cette technologie, développée par la société American Science and Engineering permettrait de détecter des explosifs liquides. Elle est aussi dotée d'un algorithme de protection de la vie privée qui atténue les détails du corps des personnes concernées et transmet seulement à l'opérateur de la machine le contour de la silhouette et les objets suspects identifiés (voir photo). Ce détail est susceptible de rendre plus acceptable cette technologie pour de nombreux passagers puritains ou peu désireux de voir leurs formes inspectées en détail par des agents de sécurité. Ces derniers procèderons d'ailleurs à l'inspection dans un réduit fermé aux regards étrangers. Si cette technologie est adoptée, chaque appareil coûtera 11.000 $. Une précédente technologie d'analyse des particules présentes dans l'air, pourtant prometteuse, a cependant été abandonnée en raison de sa fiabilité réduite et de son coût élevé.

Les avis des chercheurs en santé interrogés par le New York Times sur cette technologie sont partagés: alors que pour certains elle est sans dangers, d'autres évoquent néanmoins des préoccupations concernant l'exposition aux rayonnements, notamment pour les femmes enceintes et les jeunes enfants.

06 février 2007

La surveillance au service des personnes âgées

Deux articles publiés ces derniers jours dans Le Monde et le New York Times nous informent sur de nouveaux services de surveillance des personnes âgées vivant seules. La technologie française Stéréo'z de la société AphyCare consiste en un bracelet qui donne l'alerte à une centrale d'appel lors de chutes ou de pertes de connaissance. Il enregistre également les données vitales du porteur. Aux USA, les technologies QuietCare et iCare répondent au même besoin, en mettant l'accent sur le suivi que les enfants peuvent exercer sur leurs parents âgés, même lorsqu'ils résident loin les uns des autres.

Le système QuiteCare s'appuie sur des technologies de surveillance et d'alarme traditionnelles comme des détecteurs de mouvements et de caméras de vidéosurveillance afin d'identifier des comportements anormaux comme le fait de ne pas avoir ouvert le réfrigérateur ou l'armoire à pharmacie pendant la journée, de passer trop de temps dans la salle de bain ou de se lever plus tard que d'habitude. Ces indicateurs peuvent constituer des signes précurseurs d'un problème de santé, et des alarmes sont alors automatiquement lancées afin de lever tout doute. Ces informations sont directement relayées sur des sites internet protégés que peuvent consulter les enfants adultes des abonnés. Dans le cas de la technologie iCare, un appareil de la taille d'un téléavertisseur (voir photo) est utilisé pour poser chaque jour un certain nombre de questions à son détenteur. On lui demande notamment d'évaluer sa santé et son humeur, et en cas de réponses inquiétantes, des équipes médicales assurent un suivi téléphonique ou une intervention sur site.

Les accès aux données recueillies par de tels systèmes et le consentement éclairé des personnes âgées qui sont placées sous leur surveillance posent évidemment des questions éthiques. Mais on peut également se demander si ces systèmes ne viennent pas compenser la perte d'une sociabilité de voisinage qui constituait un système de veille informel, et les arrangements familiaux multi-générationnels de prise en charge. Dans ce contexte précis, la surveillance est le symptôme de changements sociaux assez radicaux qui n'ont que bien peu à voir avec l'expansion d'un État sécuritaire.

31 janvier 2007

Les petites soeurs de Big Brother


Un documentaire de l'émission Temps Présent de la Télévision Suisse Romande sur l'utilisation des caméras de surveillance et d'autres technologies de contrôle en Suisse et au Royaume Uni.

(Merci Manon!)

02 janvier 2007

Les centres de fusion du renseignement

Un article du Washington Post du 31 décembre 2006 dresse un profil de la trentaine de centres de fusion du renseignement qui ont été créés aux États-Unis depuis 2001. Ces structures sont destinées à faciliter le partage du renseignement criminel et de sécurité entre les autorités fédérales et locales. Dans un contexte institutionnel fortement décentralisé, ces centres permettent une meilleure coordination des intervenants dans la lutte antiterroriste. Certains d'entre eux regroupent en un même lieu plus de vingt organisations différentes. Si l'intention est louable et que les participants semblent satisfaits du fonctionnement de ces structures, l'article soulève deux problèmes majeurs: le premier concerne la dilution des responsabilités dans la lutte antiterroriste, qui implique de manière croissante de petites organisations policières de quelques dizaines ou centaines d'agents mal équipées pour faire face à ces nouvelles fonctions. Le respect de la vie privée dans un contexte de partage intensif des renseignements pose également un problème de taille. Ces centres sont cependant appelés à se multiplier dans la mesure où la "police axée sur le renseignement" est en train de remplacer la police de proximité comme stratégie policière dominante en Amérique du Nord et dans le reste du monde.

06 décembre 2006

Nouvelles en bref

MySpace se lance à la chasse aux pédophiles
Le site internet de réseau social MySpace vient de conclure un accord avec la société Sentinel Tech Holding afin de construire une base de données lui permettant de détecter les prédateurs sexuels et de bloquer leur accès à ses services. Cette base de données privée viendra consolider au niveau national les registres publics d'agresseurs sexuels déjà accessibles en ligne dans de nombreux états américains. Elle contiendra environ 550.000 noms. Personne n'a encore précisé quelles seront les procédures de rectification offertes en cas d'erreur, ni la politique de mise à jour et d'effacement des données.

Un dossier spécial de Libération sur les dangers de l'Internet collaboratif
Les site Écrans, qui appartient la galaxie Libération vient de mettre en ligne une série d'articles et d'entretiens sur les risques que font peser les nouveaux sites collaboratifs sur la protection de la vie privée. Vous pourrez lire mes réponses aux questions de la journaliste Frédérique Roussel ici.

Le Pentagone vient de franchir une nouvelle étape dans le déploiement d'armes à létalité-réduite
Le site Wired vient d'obtenir des documents faisant état de la certification d'un nouveau système d'armes à létalité réduite en développement depuis une dizaine d'années par l'armée de l'air américaine. Ce système, à base d'ondes millimétriques, provoque une intense sensation de brûlure chez les personnes qui sont soumises à son rayonnement. Il a notamment été testé dans des situations de maintien de l'ordre pour disperser des manifestants, ainsi que dans des configurations de guérilla urbaine. D'après les journalistes, des systèmes embarqués à bord d'avions de combat son en développement. Cette arme n'aurait pas encore été déployée sur les champs de bataille.

04 décembre 2006

Psiphon contre la censure sur Internet

Un groupe de chercheurs du Centre Munk d'Études Internationales, basé à l'Université de Toronto vient de mettre à la disposition des utilisateurs d'Internet un logiciel permettant de naviguer en contrecarrant les systèmes de censure numérique. Plus de 40 pays dans le monde filtrent le contenu des pages Internet téléchargées par leurs citoyens, et 12 d'entre eux bloquent le contenu de sites jugés subversifs. Psiphon permet de contourner ces contrôles en utilisant des ordinateurs relais situés dans des pays démocratiques. Psiphon exploite la confiance qui lie les membres d'un réseau social et la nature mondialisée des liens personnels: un individu ayant libre accès à Internet installe le logiciel sur son ordinateur personnel, et transmet à des connaissances ou à des amis vivant dans un pays soumis à la censure un code d'accès et un mot de passe unique. Cela lui permet de se connecter de manière cryptée à l'ordinateur privé, et d'utiliser ce dernier comme une plateforme anonyme de navigation de sites interdits. Il s'agit en fait d'un système de proxy, dont la particularité est qu'il est plus difficile à bloquer que les sites répertoriés d'anonymisation comme TOR, puisque les adresses des ordinateurs sur lesquels Psiphon est installé ne sont connues que des utilisateurs.

Cependant, la question de la confiance s'avère dans la pratique une arme à double tranchant: en effet, il ne sera pas toujours évident pour des militants des droits de la personne d'identifier des personnes de confiance hors de leur pays si les déplacements leurs sont interdits. Ensuite, la question de la responsabilité concernant les contenus illégaux (pédo-pornographie, contenus incitant à la haine et à la violence...) téléchargés par les utilisateurs à l'aide de tierces machines n'est pas évoquée par les concepteurs. Enfin, les autorités de ces pays pourraient certainement utiliser des logiciels d'analyse de réseaux sociaux pour identifier des dissidents encore inconnus en surveillant les communications correspondant aux particularités d'usage de Psiphon. Il ne semble donc pas que Psiphon soit destiné aux militants sous intense surveillance policière, mais plutôt aux internautes "ordinaires" désireux de contourner les systèmes de censure automatisés de leur pays, ce qui n'est déjà pas si mal.

31 août 2006

La mémoire des portables

La société Trust Digital vient de rendre publics les résultats d'une petite expérience menée sur la sécurité des données stockées sur les assistants personnels type Treo et Blackberry, ainsi que sur des modèles courants de téléphones portables permettant à leurs utilisateurs d'accéder à leurs courriels. L'entreprise s'est procuré une dizaine de téléphones d'occasion sur eBay, et en a exploré les entrailles. Les données mal ou peu protégées récupérées incluaient:
  • La correspondance entre un homme marié --que sa femme suspectait-- et sa maîtresse;
  • Des détails confidentiels sur des contrats de plusieurs millions de dollars en cours de négociation;
  • Des comptes bancaires et les mots de passe associés;
  • Des ordonnances médicales.
L'impression de ces données personnelles et professionnelles plutôt confidentielles correspondrait à 27.000 pages de texte. La raison pour laquelle il est si difficile d'effacer ces données réside dans la lenteur des mémoire flash dont sont équipés les téléphones cellulaires (la même que celle que l'on retrouve sur les clés USB) à s'acquitter de cette fonction. Les fabricants ont par conséquent recours à des procédures plus expéditives qui ne causent pas de délais pour l'utilisateur, mais qui sont beaucoup plus superficielles. Il en résulte que la pratique qui consiste à revendre sur internet des téléphones cellulaires usagés crée un risque non négligeable pour leur propriétaire. Un moyen de s'assurer que des données sensibles ne tombent pas entre les mains de la concurrence ou de cyberfraudeurs reste encore de les plonger dans un bain d'acide ou de les confier à un sculpteur contemporain qui entre dans sa phase "compression". De surcroît, on assume ici que l'intégrité des serveurs ayant servi à transmettre ces données ne pose aucun problème...

07 juillet 2006

Brèves de clavier

50.000 passeports canadiens dans la nature
Le Journal de Montreal a obtenu des informations de la Gendarmerie Royale du Canada décrivant les inquiétudes de celle-ci quant à 50.000 passeports volés ou perdus au cours des 4 dernières années, dont une part importante se retrouverait sur le marché noir. Les passeports canadiens seraient en effet idéaux pour les faussaires et les terroristes, puisque leur détenteur attire en général peu l'attention des douaniers à l'étranger. Les listes de passeports perdus ou volés ne sont par ailleurs pas communiquées aux douaniers canadiens.

Les 16 ans de l'Electronic Frontier Foundation
L'EFF, qui défend aux États Unis les droits des internautes contre les abus du gouvernement et des grandes entreprises, fête aujourd'hui ses 16 ans d'existence. Le Globe and Mail nous propose un retour en arrière sur l'histoire de cette association et ses succès, ainsi que ses combats futurs.

Les gangs de rue sur Internet
Toujours dans le Globe and Mail, un article sur la présence en ligne des gangs de rue étatsuniens (les célèbres Bloods et Crips) qui n'hésitent pas à afficher sur leurs sites personnels (Myspace et autres) des photos de leurs exploits illégaux, de leurs membres armés jusqu'aux dents, ou encore des défis lancés aux gangs ennemis. Cependant, cette présence en ligne serait une manne pour les services de police qui s'en servent comme d'une source supplémentaire de renseignements.

05 juillet 2006

Profil d'un voleur d'identité

Le New York Times a publié dans son édition d'hier le profil détaillé d'un voleur d'identité basé sur un long interview avec celui-ci (derrière les barreaux). À tout juste 21 ans, Shiva Brent Sharma a déjà été arrêté 3 fois, et a accumulé plus de 150.000$ en gains illégaux amassés grâce à des cartes de crédit contrefaites et des transferts de fonds illicites (à partir de codes d'accès obtenus par phishing). Issu d'une famille de la classe moyenne et ayant fréquenté les écoles publiques les plus sélectives, Sharma affirme être incapable de résister à la facilité avec laquelle quelques heures de "travail" derrière son ordinateur et sur les sites d'échange d'identités volées lui permettent de se procurer des dizaines de milliers de dollars. Il établit d'ailleurs un parallèle avec une addiction à l'argent facile. Cet article décrit son glissement de simple observateur sur les sites en question à celui d'habitué puis de participant aux échanges qui s'y mènent. La nature pédagogique de ces sites, où l'on peut apprendre à son propre rythme comment se procurer les informations personnelles requises et comment monter sa propre filière de vol d'identité, est également parfaitement décrite. En somme, on est loin d'être en présence d'un criminel endurci appartenant à une groupe structuré issu du crime organisé, mais d'un individu incapable de résister aux opportunité d'argent rapide et facile qui se sont présentées à lui.

04 juillet 2006

Surveillance au Canada: l'indifférence

Dans un éditorial corrosif du Toronto Star, Thomas Walkom s'interroge sur les différences d'attitudes de la presse et de l'opinion publique canadienne vis-à-vis de la surveillance accrue de la population mis en eouvre par les services de renseignement depuis le 11 septembre 2001: alors que chaque révélation d'un nouveau programme mené par la CIA ou la NSA au États-Unis est traité comme une atteinte potentielle aux droits fondamentaux et reçoit un traitement en profondeur de la part des journalistes (qui bien souvent en révèlent l'existence), de ce côté-ci de la frontière, les inquiétudes manifestées par les organes de contrôle des services de sécurité restent lettre morte.

Par exemple, dans son rapport annuel, la Commissaire à la protection de la vie privée a tancé l'Agence des services frontaliers pour la manière cavalière dont certaines informations personnelles étaient communiquées à leurs homologues états-uniens. Cette semaine, l'ancien juge de la Cour suprême et Commissaire du Centre de la Sécurité des Télécommunications Antonio Lamer, vient également dans son dernier rapport annuel soulever un certain nombre d'inquiétudes quand à la manière dont les demandes de mises sur écoutes impliquant des citoyens ou des résidents canadiens sont rédigées (en des termes très généraux), impliquant que le CST pourrait violer l'esprit de la loi qui autorise ses activités et empiéter sur les libertés des Canadiens (pour un exposé plus détaillé sur les activités du CST, voir le blog Lux ex Umbra). Enfin, les informations sur les transactions financières canadiennes suspectes dépassant 10.000$ sont routinièrement échangées avec des services de renseignement étrangers, sans que la presse paraisse s'en émouvoir.

Loin de partager l'analyse de Walkom, qui attribue à la pesanteur bureaucratique canadienne et à la meilleure gestion de la divulgation de telles informations par le gouvernement, c'est plutôt le manque d'intérêt de la presse canadienne pour les longues et coûteuses enquêtes d'investigation qui me semble être en grande partie à l'origine de cette apathie. Une telle attitude est d'ailleurs observable également en France où la presse semble souvent relayer les informations qui lui sont transmises par des officines plus ou moins bien intentionnées, plutôt que de se lancer en quête d'informations inédites. L'affaire Clearstream me semble en cela symptomatique d'un journalisme de confort ou de connivence qui s'oppose à un journalisme de "sources" encore bien vivant dans certains grands journaux états-uniens.

01 juillet 2006

Les canadiens et leur vie privée

La firme EKOS vient de réaliser un sondage auprès d'un millier de canadiens pour le compte du Commissariat à la Protection de la Vie Privée du Canada, destiné à mesurer les attitudes des canadiens vis-à-vis de certaines questions d'actualité:
  • 71% des canadiens ont l'impression que la protection de leurs renseignements personnels s'est dégradée au cours des 10 dernières années;
  • 34% des canadiens estiment que les entreprises ne prennent pas au sérieux leur responsabilité à l'égard de la protection des renseignements personnels des consommateurs, et cette perception négative est de 20% dans le cas du gouvernement canadien;
  • De plus, un tiers des canadiens pense que le gouvernement ne comprend pas bien la façon dont les entreprises utilisent leurs données personnelles;
  • Malgré ce scepticisme, la proportion des personnes qui disent ne pas connaître les lois canadiennes concernant la protection de la vie privée et des renseignements personnels est en augmentation par rapport à l'an dernier, de 52% à 56% cette année;
  • Seulement 8% connaissent les organismes fédéraux chargés de les assister dans la protection de leur vie privée;
  • Pourtant, 17% des canadiens disent faire de très grands efforts pour protéger leurs renseignements personnels et 53% de grands efforts;
  • 58% se disent très préoccupés par les incidences du USA Patriot Act sur leurs renseignements personnels, et notamment le transfert à leur insu vers des entreprises ou des organismes gouvernementaux américains;
  • Le pourcentage des personnes qui disent avoir une connaissance suffisante de la façon dont les nouvelles technologies peuvent affecter leur vie privée n'a pas évolué depuis l'an 2000, et se situe à 50%;
  • Seulement 30% disaient être familiers avec les dispositifs d'identification par radiofréquence (RFID).
Ces données parfois contradictoires et ambigues montrent bien à quel point les citoyens canadiens se sentent désemparés et mal informés face à la complexification du problème de la protection de la vie privée et à la fragmentation de leur identité personnelle. L'avant-dernier chiffre de la liste précédente est particulièrement intéressant: malgré les affaires et les scandales médiatisés au cours des dernières années concernant le vol d'identité et les risques liés aux nouvelles technologies, le niveau de préparation des canadiens face aux menaces qui pèsent sur leur vie privée ne semble pas s'être amélioré. On peut donc légitimement se poser la question de la nature des mesures de protection et des efforts consentis par les canadiens pour protéger leur vie privée, en suspectant qu'une grande partie de ces efforts est mal dirigée.