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05 juillet 2007

Quelques informations en rafale

Un article du Monde sur une nouvelle technique de comptabilisation et de suivi des foules par le biais des téléphones mobiles. Le lien vers le site du MIT qui présente le projet expérimenté à Rome et les cartes produites à l'aide de cette technologie.

Le rapport de RadioFreeEurope sur l'utilisation que les insurgés iraquiens et Al Qaeda font d'internet, avec notamment des statistiques de consultation des sites, des études de cas et une analyse des contenus diffusés par les sites sunnites.

Un article du Monde sur l'adoption d'une loi par le parlement russe qui permettrait aux grandes entreprises de se doter de services de sécurité privé ayant des prérogatives semblables aux services de sécurité.

02 janvier 2007

Les centres de fusion du renseignement

Un article du Washington Post du 31 décembre 2006 dresse un profil de la trentaine de centres de fusion du renseignement qui ont été créés aux États-Unis depuis 2001. Ces structures sont destinées à faciliter le partage du renseignement criminel et de sécurité entre les autorités fédérales et locales. Dans un contexte institutionnel fortement décentralisé, ces centres permettent une meilleure coordination des intervenants dans la lutte antiterroriste. Certains d'entre eux regroupent en un même lieu plus de vingt organisations différentes. Si l'intention est louable et que les participants semblent satisfaits du fonctionnement de ces structures, l'article soulève deux problèmes majeurs: le premier concerne la dilution des responsabilités dans la lutte antiterroriste, qui implique de manière croissante de petites organisations policières de quelques dizaines ou centaines d'agents mal équipées pour faire face à ces nouvelles fonctions. Le respect de la vie privée dans un contexte de partage intensif des renseignements pose également un problème de taille. Ces centres sont cependant appelés à se multiplier dans la mesure où la "police axée sur le renseignement" est en train de remplacer la police de proximité comme stratégie policière dominante en Amérique du Nord et dans le reste du monde.

13 novembre 2006

L'état de la sécurité portuaire dans le monde

Une équipe de chercheurs de l'Université du Texas vient de rendre public un rapport sur les initiatives américaines et internationales destinées à mieux contrôler le transport maritime et à éviter que des containers ne soient utilisés par des groupes terroristes comme vecteurs d'armes de destruction massive. Outre la description exhaustive des mesures mises en place et rendues obligatoires par les douanes américaines aux pays faisant commerce avec les États Unis, des études de cas portant sur les assemblages de sécurité dans sept ports, dont celui de Marseille, sont proposées. Celles-ci démontrent notamment les différentes priorités en matière de sécurité: alors que les responsables américains sont essentiellement préoccupés par une éventuelle attaque terroriste catastrophique, les directeurs de la sécurité des ports étudiés sont plutôt focalisés sur la contrebande, la fraude ou le trafic d'êtres humains. Les coûts prohibitifs de certains contrôles et leur impact sur le commerce international sont également abordés.

06 octobre 2006

La vérité sur les listes de passagers aériens suspects

Dimanche prochain, la chaîne CBS diffusera dans son émission "60 minutes" un reportage sur les listes de passagers aériens interdits de vol, qui ont été instituées au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Ces listes ont été constituées dans l'urgence en fusionnant toutes les bases de données des services de renseignement et de police, et sans qu'une réflexion très poussée sur la fiabilité des informations qu'elles contiennent n'ait été menée. Toute personne ayant à un moment ou à un autre été en lien avec un individu ou une entité soupçonnée de terrorisme, ainsi que tous ses homonymes, sont associés par défaut à la catégorie des menaces potentielles à la sécurité nationale et font l'objet de contrôles accrus dans les aéroports, confinant parfois au harcèlement. Maher Arar, arrêté par les autorités américaines lors d'une escale aux USA et expulsé vers la Syrie pour y être torturé sur la foi de renseignements erronés transmis par le gouvernement canadien représente certainement un exemple extrême du préjudice qui peut résulter de cette pratique lorsqu'elle est mal appliquée et mal encadrée.

L'enquête de "60 minutes" fait ainsi apparaître que la liste principale utilisée en mars 2006 comportait les noms de personnes dont on peut douter qu'ils représentent une grande menace terroriste, comme Saddam Hussein (en prison en Irak), Nabih Berri (président du parlement libanais) ou Evo Morales (président de la Bolivie). Par ailleurs, les noms de certains membres d'Al Qaeda activement surveillés par les services de renseignement occidentaux et arabes ne figurent pas sur ces listes, pour éviter des fuites concernant des opérations en cours... On peut quand même être rassuré, le nom d'Osama ben Laden est bien présent (avec deux orthographes différentes), au cas où il déciderait de rendre une petite visite à ses sympathisants américains.

09 septembre 2006

Les profits du 11 septembre

À quelques jours du cinquième anniversaire des attentats contre les tours jumelles et le Pentagone, quelques articles viennent nous rappeler que si les secteurs du transport aérien, maritime, du tourisme ou des assurances ont subi des pertes considérables (les estimations des coûts directs dépassent les 80 milliards de dollars US), d'autres entreprises ont directement profité des besoins en équipements et en services de sécurité. Aux États-Unis seulement, les dépenses du gouvernement fédéral au titre de la sécurité sont passées de 17 milliards de dollars US en 2001 à 58 milliards en 2007, ce qui dépasse largement le rythme de l'inflation. Un article du MIT Technology Review dresse ainsi le portrait de petites entreprises qui ont connu une croissance fulgurante après avoir obtenu des contrats du Department of Homeland Security. Cependant, bien souvent, les décisions d'attribution des contrats sont prises dans l'urgence, et les technologies qu'on demande à ces start-ups de mettre sur le marché sont rarement opérationnelles, ce qui entraîne des gaspillages à la mesure de la montagne de billets verts dépensés. Le Washington Post a d'ailleurs révélé il y a quelques semaines de nombreux abus dans ce domaine. Au Québec également, la société Garda a su admirablement profiter du nouvel environnement d'insécurité créé par le 11 septembre, ce qui lui a permis de connaître une croissance exceptionnelle. Fondée il y a seulement 11 ans avec 25.000$ de capital, elle emploie aujourd'hui 20.000 employés et vient de faire son entrée sur le marché de la sécurité privée haut de gamme, avec le rachat de la société américaine Vance International (voir le dossier dans La Presse Affaires du samedi 9 sept. 06). Les employés de Garda assurent notamment le contrôle des passagers et des bagages (sous uniforme CATSA) aux aéroports de Montréal et de Toronto. Si les actionnaires de ces entreprises peuvent se réjouir pour l'instant des juteux contrats qu'elles obtiennent, les citoyens qui dépendent d'elles pour leur sécurité disposent encore de trop peu d'éléments pour évaluer objectivement leur contribution à la prévention des actes terroristes. À l'instar de Bruce Schneier, certains n'hésitent d'ailleurs plus à parler d'une théâtralisation de la sécurité, plus axée sur la perception que sur la réalité. Les décors et les figurants de la superproduction qu'on nous propose depuis cinq ans ne semblent toutefois pas suffisant pour convaincre tout le monde d'assister au spectacle.

12 juillet 2006

Deux exemples d'échecs dans la lutte contre le terrorisme

Deux articles illustrent les nombreux ratés que connait la lutte contre la terrorisme menée par le gouvernement américain, malgré les discours optimistes de l'administration Bush:

Le premier dresse un profil de l'entreprise SAIC, qui est l'un des principaux fournisseurs de service aux agences de renseignements et au Pentagone. Elle fait travailler 43.000 employés, dont la moitié disposent d'une côte de sécurité, et son chiffre d'affaire pour l'année 2003 était estimé à 4.7 milliards de dollars. Sa désorganisation (et celle de ses clients) est en partie responsable du fiasco de deux programmes majeurs informatiques du FBI (Virtual Case File) et de la NSA (Trailblazer), qui ont dû être abandonnés aprés des centaines de millions de dollars d'investissements. L'article évoque d'ailleurs une proposition de loi exigeant que les agences de renseignement spécifient chaque année les tâches sous-traitées au secteur privé et les ressources déployées par les fournisseurs privés pour atteindre les objectifs fixés.

Le deuxième article, publié par le New York Times aujourd'hui révèle les conclusions d'un rapport de l'Inspecteur général du Department of Homeland Security, portant sur la base de données des sites potentiellement exposés à des attaques terroristes. Outre le fait que certains états peu peuplés aient repertorié dans cette base de donnée jusqu'à deux fois plus de sites sensibles que des cibles géographiques naturelles comme New York ou la capitale fédérale, le rapport se pose la question de la pertinence de certaines "infrastructures" incluses dans la liste: on y retrouve notamment des marchés aux puces, des foires agricoles, des maisons de retraites, des stands de crème glacée ou même une fabrique de pop-corn en Indiana. Le propriétaire de cette dernière, un Amish, est bien en peine d'expliquer pourquoi son entreprise se trouve répertoriée dans cette base de données, si ce n'est que son produit est lui aussi susceptible d'exploser!

28 juin 2006

Rétention des données Internet au Canada

Les deux grand quotidiens canadiens La Presse et le Globe and Mail viennent de révéler que le gouvernement Harper se préparerait à introduire à l'automne une nouvelle version d'un projet de loi portant sur la modernisation des techniques d'enquête. Les dispositions de ce projet de loi obligeraient notamment les fournisseurs d'accès à Internet à conserver pour plusieurs mois, voire plusieurs années, les données de connexion de leurs abonnés ou de leurs usagers afin de faciliter des enquêtes ultérieures contre la pornographie enfantine ou le terrorisme. Outre la question du coût de telles pratiques, qui serait certainement partagé entre les abonnés et les organisations policières (les abonnés pour le stockage des données, et les services de police pour leur extraction), on peut se poser la question des pratiques déjà en cours dans ce domaine.

Si l'on en croit les récents scandales ayant éclaté ces derniers jours aux États-Unis autour de la mise à la disposition des services de renseignement de données personnelles par les compagnies de téléphone (AT&T) et les institutions financières (SWIFT) sur une base volontaire, les organisations policières n'attendent pas toujours qu'une loi soit votée pour accéder aux données du secteur privé à l'insu des clients. Les entreprises privées résistent en général rarement aux pressions plus ou moins subtiles des services de sécurité, soit pour des raisons patriotiques ou d'aide à la justice, soit en espérant instaurer des liens de confiance pouvant s'avérer utiles dans un futur proche. La question est alors de savoir dans quelle mesure les FAI canadiens collaborent déjà avec les organisations policières, quelles données sont transmises, dans quel cadre juridique (de nombreuses procédures régulières reposant sur un mandat en bonne et due forme servent toujours de base à ces coopérations), et pour quels résultats? Espérons que les débats qui entoureront le vote de la loi et la perspicacité des journalistes canadiens permettront d'apporter un éclairage local à des questionnements qui restent encore largement cantonnés à la situation étatsunienne.

31 janvier 2006

La surveillance de masse

L’enjeu du scandale des écoutes téléphoniques sans mandat conduites par la National Security Agency contre des citoyens étasuniens concerne moins le respect de normes juridiques élaborées dans les années 1970 que le déploiement d’un dispositif de surveillance de masse. L’objectif de la NSA n’est pas à proprement parler d’écouter le contenu de millions d’heures de conversations qui doivent être traduites par des linguistes en sous-effectifs, mais de dresser une carte relationnelle des personnes dont les habitudes d’appel méritent plus ample considération. Cette technique, connue sous le nom « d’analyse de trafic » s’appuie sur les travaux des sociologues et des mathématiciens qui étudient les réseaux sociaux et leurs structures. Il est en effet possible de déduire la hiérarchie d’un groupe, ou du moins d’identifier les individus clés de celui-ci, par la seule analyse des liens qu’ils entretiennent avec leurs contacts. La difficulté de ce type d’analyse réside dans le choix des critères permettant de délimiter le groupe de référence, c'est-à-dire de décider qui doit être inclus ou exclus des analyses. Il semblerait que la NSA ait axé ses efforts sur l’automatisation de cette procédure, à partir d’un échantillon de départ extrêmement large (tous les appels en provenance d’Afghanistan par exemple), et sur l’identification dans une population composée majoritairement de personnes respectueuses des lois de profils atypiques laissant présager des visées terroristes.

Le danger de travailler à une telle échelle et de traiter de façon « aveugle » une telle masse d’informations est bien entendu de prendre dans le filet de la surveillance des personnes totalement innocentes. La théorie bien connue des six degrés de séparation insiste sur la taille réduite de nos univers sociaux, qui permet à chacun d’entre nous de contacter n’importe quelle personne (y compris les plus célèbres) en utilisant un nombre réduit d’intermédiaires. Appliquée à la lutte contre le terrorisme et combinée à la puissance de calcul et d’interception déployées par les agences de renseignement, cette théorie fait de nous tous des « connaissances » d’Oussama Ben Laden. Le programme NORA (Non Obvious Relationship Awareness), de la société SRD (rachetée récemment par IBM) permet ainsi d’analyser les liens entre individus jusqu’à 30 degrés de séparation, ce qui est amplement suffisant pour nous mettre tous sur la liste des suspects par association des services de renseignement et de police, à quelque titre que ce soit.

Le potentiel d’erreur élevé constitue un problème de taille. Dans les mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre, la collaboration accrue entre la NSA et le FBI a conduit ce dernier à lancer des enquêtes sur des milliers d’individus identifiés comme de potentiels suspects par la NSA. Ces enquêtes ont rapidement été considérées comme une perte de temps par les agents du FBI en raison des critères de sélection trop bas utilisés par la NSA. Le programme d’identification des passagers aériens à risques CAPPS s’est également fait connaître aux USA pour sa propension à interdire l’accès aux avions de toutes les personnes portant le même nom qu’un individu recherché, ce qui a valu au sénateur Kennedy quelques déboires à l’aéroport de Boston. L’avocat de l’Oregon converti à l’Islam Brandon Mayfield a aussi été la victime d’une analyse de liens erronée : ses empreintes digitales ont été faussement identifiées comme celles retrouvées sur les débris d’une des bombes placées dans le métro de Madrid, mais le fait qu’il ait défendu un sympathisant d’Al Qaeda dans une affaire de garde d’enfant et qu’il ait placé des encarts publicitaires dans des revues islamistes a suffi à lui conférer le statut de terroriste potentiel au yeux des enquêteurs qui l’ont arrêté. Les lois du hasard et le nouveau déterminisme relationnel qui semblent émerger continueront de produire des erreurs en nombre croissant, à mesure qu’augmentent les capacités de collecte et d’analyse des services de renseignement.
Le fait que la NSA et la CIA construisent dans la banlieue de Denver de nouvelles installations pour mener ce type d’opérations semble signaler l’enracinement durable du concept de surveillance de masse aux États Unis[1].
[1] http://blogs.washingtonpost.com/earlywarning/2006/01/nsa_expands_its.html, consulté le 31 janvier 2006.