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23 mai 2007

Les billets de train du Petit Poucet japonais

Le journal La Presse rapporte qu'une compagnie japonaise de chemins de fer de Tokyo vient de lancer un service de localisation des enfants par l'intermédiaire de leur carte de transport. Les parents qui le souhaitent peuvent se prévaloir de ce service gratuit pour être avertis par email des déplacements de leur progéniture dans les transports en commun: lors de chaque passage près d'une borne d'accès aux trains (à l'entrée ou à la sortie des gares par exemple), les cartes sans contact des petits abonnés alimentent une base de données qui peut ensuite être paramétrée pour envoyer des alertes personnalisées. Des messages électroniques peuvent ainsi être directement envoyés par téléphone mobile aux parents lorsque l'enfant vient d'entrer dans la gare de départ, est arrivé à sa gare de destination, ou encore est descendu dans une gare qui ne devrait pas se trouver sur son trajet quotidien.

Selon un sondage réalisé lors de la phase d'expérimentation auprès de 2000 cobayes, le taux de satisfaction des parents est très élevé, avec plus de 98% des répondants se disant davantage rassurés par un tel système. Pourtant, la société japonaise ne semble pas réellement exposée à une vague de criminalité incontrôlée, bien au contraire. Par ailleurs, la nature anxiogène de ce nouveau service, qui génère chez ceux qui l'utilisent de nouvelles attentes concernant le contrôle des allées et venues de leur progéniture et une insécurité accrue lors de tout dysfonctionnement reste complètement occultée.

19 mars 2007

Les puces RFID et la sécurité

Le site InternetActu fait le point sur les questions éthiques et de sécurité entourant les puces RFID (ou à radiofréquence), qui sont présentées par certains comme la panacée en matière d'identification. Le débat autour de l'implantation de puces sous-cutanées est notamment présenté sous l'angle de la fusion de plus en plus poussée entre l'humain et la machine. On se demande également -- avec raison -- qui sera le propriétaire des implants: le porteur ou l'organisation qui analysera les données recueillies?

La conclusion du billet ouvre des perspectives intéressantes sur l'opposition entre les objectifs pratiques de certaines technologies (qui sont de nous faciliter la vie), et leurs déclinaisons en produits de sécurité, qui ont souvent bien du mal à surmonter les nombreuses failles résultant de processus de conceptions accélérés. Cette mise en garde contre la tentation d'utiliser toute nouvelle technologie pour atteindre une sécurité totale parfaitement utopique vaut cependant également à rebours pour les concepteurs de technologies courantes: ces derniers ont en effet souvent bien du mal à anticiper les risques que font peser sur les usagers leur quête de solutions simplifiant la vie quotidienne.

01 juillet 2006

Les canadiens et leur vie privée

La firme EKOS vient de réaliser un sondage auprès d'un millier de canadiens pour le compte du Commissariat à la Protection de la Vie Privée du Canada, destiné à mesurer les attitudes des canadiens vis-à-vis de certaines questions d'actualité:
  • 71% des canadiens ont l'impression que la protection de leurs renseignements personnels s'est dégradée au cours des 10 dernières années;
  • 34% des canadiens estiment que les entreprises ne prennent pas au sérieux leur responsabilité à l'égard de la protection des renseignements personnels des consommateurs, et cette perception négative est de 20% dans le cas du gouvernement canadien;
  • De plus, un tiers des canadiens pense que le gouvernement ne comprend pas bien la façon dont les entreprises utilisent leurs données personnelles;
  • Malgré ce scepticisme, la proportion des personnes qui disent ne pas connaître les lois canadiennes concernant la protection de la vie privée et des renseignements personnels est en augmentation par rapport à l'an dernier, de 52% à 56% cette année;
  • Seulement 8% connaissent les organismes fédéraux chargés de les assister dans la protection de leur vie privée;
  • Pourtant, 17% des canadiens disent faire de très grands efforts pour protéger leurs renseignements personnels et 53% de grands efforts;
  • 58% se disent très préoccupés par les incidences du USA Patriot Act sur leurs renseignements personnels, et notamment le transfert à leur insu vers des entreprises ou des organismes gouvernementaux américains;
  • Le pourcentage des personnes qui disent avoir une connaissance suffisante de la façon dont les nouvelles technologies peuvent affecter leur vie privée n'a pas évolué depuis l'an 2000, et se situe à 50%;
  • Seulement 30% disaient être familiers avec les dispositifs d'identification par radiofréquence (RFID).
Ces données parfois contradictoires et ambigues montrent bien à quel point les citoyens canadiens se sentent désemparés et mal informés face à la complexification du problème de la protection de la vie privée et à la fragmentation de leur identité personnelle. L'avant-dernier chiffre de la liste précédente est particulièrement intéressant: malgré les affaires et les scandales médiatisés au cours des dernières années concernant le vol d'identité et les risques liés aux nouvelles technologies, le niveau de préparation des canadiens face aux menaces qui pèsent sur leur vie privée ne semble pas s'être amélioré. On peut donc légitimement se poser la question de la nature des mesures de protection et des efforts consentis par les canadiens pour protéger leur vie privée, en suspectant qu'une grande partie de ces efforts est mal dirigée.

16 mars 2006

Quand les passeports attrapent des virus

Le gouvernement américain (qui fixe les normes internationales en ce domaine) vient de lancer la production de passeports équipés de puces RFID (ces puces qui émettent un faible signal radio facilitent la traçabilité et l'authentification des objets ou des individus sur lesquels elles sont implantées). Ces passeports seront d'abord émis aux diplomates américains avant d'être généralisés en octobre 2006.

Les puces contiendront les mêmes données que celles figurant déjà par écrit dans le passeport, mais la question de la sécurité réelle que cette nouvelle technologie sera en mesure de garantir fait l'objet de nombreuses questions. En effet, la société hollandaise Riscure a réussi à pirater la version "prototype" locale du passeport RFID en interceptant le signal émis par le passeport à destination de son "lecteur". L'algorithme de cryptage utilisé serait tellemment simple qu'il n'aurait pas fallu à l'équipe de Riscure plus de deux heures et un ordinateur tout à fait ordinaire pour s'emparer des données (identité, photo et empreintes digitales) contenues dans le passeport. Par ailleurs, il serait possible d'intercepter le signal émis par la puce jusqu'à une distance de 2 mètres, ce qui permettrait aux voleurs d'identité de travailler de manière industrielle en "moissonnant" les informations émises par les passeports dans les files d'attentes des aéroports internationaux.

Par ailleurs, un groupe de chercheurs européens et américains présentaient cette semaine le résultat de leurs travaux portant sur la possibilité d'insérer des virus informatiques dans les puces RFID et de les rendre ainsi inopérantes. Que les français se rassurent cependant, les lenteurs de l'Imprimerie Nationale les protègeront certainement contre ce type de désagrèments encore quelques mois... ou quelques années.

02 mars 2006

Anarchie informationnelle et déséquilibre mental

La prolifération informationnelle qui caractérise Internet a pour corollaire la possibilité que ce moyen de communication offre à tout un chacun de partager ses paranoïas et d'être pris au sérieux par d'autres âmes tourmentées. Voici deux exemples récents:

Lors d'une conférence douteuse sur le renseignement tenue dans la banlieue de Washington la semaine dernière, un ancien employé des services secrets américains a rendu publics des enregistrements de Saddam Hussein antérieurs à l'invasion de l'Irak, dont le contenu aurait été ignoré par ses anciens employeurs. Ceux-ci affirment au contraire que le contenu de ces enregistrements n'apporte rien de nouveau. Il est cependant intéressant de noter que celui qui a rendu ces cassettes publiques, William Tierney, a été congédié de son ancien emploi pour des raisons assez uniques: Monsieur Tierney invoquait en effet couramment l'aide de Dieu afin d'identifier parmi les rapports qui lui étaient transmis les menaces terroristes les plus imminentes. Il est également persuadé que Dieu a communiqué avec lui à plusieurs reprises afin de lui indiquer l'emplacement de caches d'armes de destruction massives en Irak, mais que sa hiérarchie ne l'a jamais pris au sérieux. Dois-je en dire plus?

Quant à Madame Katherine Albrecht, auteur d'un livre sur les puces RFID (des puces qui émettent des signaux radio et permettent de localiser l'objet sur lequel elles sont fixées ou les personnes sur qui elles sont implantées), elle est persuadée que cette nouvelle technologie annonce la fin du monde (littéralement). Selon elle en effet, les puces sous-cutanées Verichip correspondraient à la référence biblique sur la "marque de la bête", dont l'apparition est annonciatrice de l'apocalypse. Les souffrances dont il est fait mention dans la Bible en relation avec ce passage seraient en fait les sensations de brûlure que pourraient éprouver les porteurs d'une telle puce lorsqu'ils seront exposés aux rayonnements de certaines armes à micro-ondes actuellement en développement pour l'armée américaine.

Le plus surprenant dans tout cela est que Madame Albrecht comme Monsieur Tierney continuent d'être invités dans les médias grand public pour y exposer leurs élucubrations.

21 février 2006

Les employés à puce

Après la carte à puce... les employés à puce! La société CityWatcher, spécialisée dans la vidéosurveillance vient d'exiger de ses employés qu'ils se fassent implanter une puce RFID sous-cutanée afin de contrôler leur accès aux locaux où sont hébergés les serveurs informatiques de l'entreprise. Le refus de se laisser implanter la puce fabriquée par Verichip n'entraînera pas le licenciement de l'employé, mais celui-ci se verra refuser l'accès à certaines zones de l'entreprise, ce qui limitera singulièrement sa capacité à s'acquitter de ses tâches quotidiennes.

Outre les atteintes à l'intégrité physique des individus que cette politique implique, les bénéfices en matière de sécurité sont loin d'être évidents. En effet, on peut apprendre sur le site Internet de Jonathan Westhues comment cloner une puce Verichip sans difficulté apparente. Il suffirait ainsi de copier le signal émis et de transférer les données sur une nouvelle puce vierge pour disposer d'un accès similaire à celui de l'original.